Études Religieuses
Débat Islamo-Chrétien
Muhammad ﷺ a-t-il plagié la Bible pour apporter le Coran ?
Les rapports étroits que le Coran tisse avec les anciennes révélations soulèvent depuis longtemps des interrogations fondamentales. Les récits d'Adam et Ève, de Noé et son arche, de Moïse et ses tablettes, ainsi que la figure centrale de Jésus – ces rappels sont comme des fils conducteurs qui traversent les pages des livres sacrés. Mais doit-on y voir une preuve de plagiat, ou simplement l'hommage que la vérité rend à elle-même à travers différentes cultures et époques ?
Des détracteurs de l'islam et certains orientalistes extrémistes, sous couvert de la méthode historico-critique, ont toujours laissé entendre que le texte coranique ne serait qu'un vulgaire plagiat mal documenté des écritures antérieures. Pourtant, le Coran le répète instamment : Muhammad n'est pas l'auteur du Coran mais le transmetteur de la révélation divine. « Il n'exprime pas son opinion, le Coran est pure révélation » (S53.V3-4).
Les trois hypothèses nécessaires à la thèse du plagiat
Bien conscients que prouver la fausseté du Coran relève de l'impossible, les sceptiques se doivent de produire une théorie complexe pour s'attaquer au texte coranique. Cette démarche suppose que le Prophète Muhammad (ﷺ) ne peut être à l'origine du Coran, ce qui implique nécessairement trois conditions extraordinaires et difficilement conciliables.
01
Une érudition encyclopédique multilingue
Muhammad ﷺ aurait dû être extraordinairement bien informé de l'ensemble des textes juifs et chrétiens, y compris les écrits apocryphes, mais aussi des sources babyloniennes, mazdéennes, coptes, des hérésies diverses, et en avoir maîtrisé les diverses langues – hébreu, syriaque, grec, arabe classique.
02
Un génie littéraire hors norme
Il aurait fallu qu'il fût un prodige littéraire absolument exceptionnel et hors de son temps. Le Coran, dans sa structure, son style et sa puissance rhétorique, ne ressemble à rien de ce qui existait alors en Arabie, n'étant sorti de nulle part au sens propre comme au sens figuré.
03
Un compilateur paradoxalement médiocre
Possédant toutes ces qualités extraordinaires, il aurait été paradoxalement un bien piètre compilateur, puisque ses détracteurs lui reprochent erreurs, emprunts, mélanges et approximations. Rappelons que le plus ancien manuscrit de la Bible en arabe est le « Sinai Arabic 151 », daté de 867, soit 235 ans après la mort du Prophète.

Point historique crucial : L'absence de Bible en langue arabe avant le IXe siècle rend la thèse du plagiat encore plus improbable. Comment Muhammad ﷺ aurait-il pu copier des textes auxquels il n'avait pas accès dans sa langue ?
L'ampleur vertigineuse des connaissances requises
Pour comprendre ce que cela implique de maîtriser les textes mentionnés, il faut plonger dans une vaste mer de connaissances religieuses et culturelles qui traverse plusieurs traditions monothéistes. L'étendue de cette érudition supposée dépasse l'imagination.
Corpus juif
  • Les Nevi'im et Les Ketouvim : Sections de la Bible hébraïque comprenant prophètes et écrits postérieurs à la Torah
  • La Mishna et La Gémara : Les deux composantes du Talmud, compilation des lois orales et de leurs analyses
  • Le Midrash : Interprétations et exégèses complexes des textes bibliques
Corpus chrétien
  • Les quatre Évangiles : Matthieu, Marc, Luc et Jean
  • Les Actes des Apôtres et les épîtres : Notamment celles de Paul
  • L'Apocalypse : Vision eschatologique de Jean
  • Les Apocryphes : Textes non canoniques mais théologiquement significatifs
Compréhension littéraire et historique
Contexte d'écriture, langues originales, genres littéraires, événements historiques influents
Maîtrise théologique
Doctrines, croyances, nature de Dieu, relation homme-divin, rédemption, loi, prophétie
Dimension culturelle et sociale
Influence sur cultures, lois, arts, interactions sociales des communautés juives et chrétiennes
Analyse intertextuelle
Liens entre textes, références croisées, interprétations et réinterprétations à travers les siècles
« Cependant, si nous admettons vos affirmations comme vraies, il est nécessaire que Muhammad ﷺ ait dû connaître l'hébreu, le syriaque, le grec, et il est nécessaire qu'il ait eu une grande bibliothèque qui regroupe tous les textes talmudiques et les évangiles chrétiens ainsi que différents recueils de prières et aussi les décrets des conciles accompagnés d'œuvres d'auteurs grecs ainsi que plusieurs livres provenant d'églises et de branches chrétiennes. »
— Abdel Rahman Badawi, historien
Les interdictions rabbiniques : une barrière insurmontable
L'un des arguments les plus décisifs contre la thèse du plagiat réside dans les interdictions strictes du judaïsme concernant l'enseignement de la Torah aux non-Juifs. Ces restrictions, appliquées avec une rigueur absolue avant et pendant l'époque de Muhammad ﷺ, rendaient tout accès aux textes sacrés juifs quasiment impossible pour un non-converti.
Interdiction formelle d'enseignement
Dans le judaïsme, l'enseignement de la Torah aux non-Juifs était strictement interdit, une règle renforcée par des figures majeures comme Rabbi Meir et Maïmonide. Le Talmud de Babylone rapporte que Rabbi Yochanan a déclaré : « Un non-Juif qui s'engage dans l'étude de la Torah est passible de la peine de mort. »
La Torah, héritage exclusif
Rabbi Ami a également affirmé : « Il est interdit d'enseigner la Torah à un non-Juif, car il est dit : "Il n'a pas agi ainsi pour aucune autre nation ; elles ne connaissent pas ses lois." » Cette conception faisait de la Torah un héritage réservé exclusivement au peuple juif.
Sanctions sévères
La punition pour un Juif qui enseignait la Torah à un non-Juif, ainsi que pour le non-Juif qui l'apprenait, était la peine de mort par lapidation. Maïmonide précisait que les non-Juifs ne pouvaient apprendre que les sept lois de Noé, oralement, sans accès aux textes eux-mêmes.
Le contexte de l'Arabie préislamique
L'Arabie du VIIe siècle dans le Hijaz était un milieu où l'alphabétisation demeurait exceptionnelle. L'accès aux textes sacrés était extrêmement limité, particulièrement pour les populations nomades. Les centres d'apprentissage capables de dispenser une éducation religieuse approfondie étaient peu nombreux et généralement réservés aux clercs, aux rabbins ou aux moines.
Les grandes villes comme Alexandrie et Damas constituaient certes des centres intellectuels, mais l'éducation formelle en matière de textes sacrés restait l'apanage des religieux donc des moines et des rabbins. Pour un non-chrétien ou un non-juif, l'accès à ces enseignements aurait été quasi impossible sans conversion préalable.

Observation historique : Il n'existe aucune documentation historique suggérant que Muhammad (ﷺ) ait reçu une formation religieuse formelle dans les textes juifs ou chrétiens. Les biographies du Prophète (Sira) ne mentionnent jamais de telles études.
Conclusion : une hypothèse historiquement insoutenable
L'analyse approfondie des conditions historiques, linguistiques et religieuses de l'époque révèle l'impossibilité pratique de la thèse du plagiat. Plusieurs éléments convergent pour démontrer l'invraisemblance de cette hypothèse.
Barrières religieuses insurmontables
Les interdictions rabbiniques strictes rendaient l'accès aux textes juifs impossible pour les non-convertis, sous peine de mort. Cette règle était appliquée avec une rigueur absolue.
Contexte géographique défavorable
L'Arabie préislamique ne disposait ni des infrastructures éducatives ni de l'alphabétisation nécessaires. Les centres d'apprentissage étaient rares et distants.
Absence de sources textuelles
Le plus ancien manuscrit biblique en arabe date de 867, soit 235 ans après la mort du Prophète. Comment aurait-il pu copier des textes inexistants dans sa langue ?
Complexité théologique prohibitive
Maîtriser les textes bibliques avec leur complexité théologique et juridique nécessiterait une éducation spécialisée que Muhammad ﷺ, marchand de profession, n'a jamais reçue.
Une maîtrise approfondie des textes bibliques – Talmud, Mishna, Nouveau Testament – sans formation formelle semble improbable sans interaction directe avec des érudits ou des textes. Or, aucune preuve historique ne documente de telles interactions dans la vie de Muhammad ﷺ.
Étant donné ces éléments convergents, l'idée que Muhammad ﷺ ait pu plagier les textes juifs ou chrétiens apparaît extrêmement improbable sur le plan historique. Les restrictions religieuses draconiennes, le contexte socio-culturel de l'Arabie préislamique, l'absence totale de preuves documentaires concernant une éducation formelle dans ces domaines, et l'impossibilité matérielle d'accéder aux sources textuelles rendent cette hypothèse historiquement insoutenable.
La position coranique elle-même offre une explication cohérente : le Coran n'est pas le produit d'un apprentissage humain, mais une révélation divine transmise à travers le Prophète Muhammad ﷺ. Cette interprétation demeure la seule compatible avec les données historiques dont nous disposons.

235
Années
Entre la mort du Prophète et le premier manuscrit biblique en arabe
7
Langues
Que Muhammad ﷺ aurait dû maîtriser selon la thèse du plagiat
0
Preuves
Documents historiques attestant d'une formation biblique de Muhammad ﷺ