
L'étude du patrimoine zaydite révèle une richesse doctrinale exceptionnelle. Le livre fondamental « Ad-Da'ama fi al-Imama » d'Abu Talib Yahya ibn al-Husayn al-Haruni (mort en 424 H) constitue la référence principale sur l'imamat zaydite, considéré comme l'un des premiers ouvrages systématiques sur cette question.
L'œuvre majeure d'Abu Talib al-Haruni (424 H), pilier de la pensée zaydite sur l'imamat.
Al-Mu'ayyad Ahmad al-Haruni (411 H) traite l'imamat comme fondement religieux après le tawhid et la justice.
Muhammad ibn 'Ali al-'Alawi al-Kufi (445 H) rassemble les traditions des premiers imams zaydites.
Les zaydites du Daylam suivent al-Qasim et al-Hadi en considérant l'imamat comme un fondement de la religion (usul ad-din), au même titre que le tawhid et la justice.
Al-Hasan an-Nasir al-Atrush, premier imam zaydite du Daylam, traita dans son livre Al-Bisat les fondements religieux sans aborder l'imamat. Cependant, ses successeurs établirent fermement cette doctrine.
L'imam al-Mu'ayyad al-Haruni l'aborda dans At-Tabsira, tandis que Yahya al-Haruni la présenta dans Ad-Da'ama comme fondée sur des textes religieux explicites.
« Tu es pour moi comme Haroun (Aaron) était pour Moussa (Moïse) »
Ce hadith constitue l'argument central des zaydites pour établir l'imamat comme fondement religieux. Yahya al-Haruni discute sa nature : est-ce une connaissance nécessaire ou acquise ?
Certains prédécesseurs affirmaient que sa connaissance était nécessaire pour quiconque connaît la transmission. Yahya choisit plutôt qu'elle est acquise, tout en soulignant que le hadith est célèbre et largement répandu, atteignant le degré du tawatur (transmission continue).
Désigné par texte explicite, infaillible selon le consensus zaydite
Fils de 'Ali, imam infaillible par désignation prophétique
Second fils de 'Ali, complétant la triade des imams désignés
Sur cette base, les zaydites affirmèrent l'infaillibilité ('isma) de ces trois imams désignés par texte. Abu Talib rapporta même que certains zaydites considéraient que l'imamat de 'Ali existait du vivant du Prophète.
Cette obligation ne se limite pas à l'imamat de 'Ali désigné par texte, mais s'étend également à ses deux fils. Cette position doctrinale d'une rigueur absolue établit l'imamat comme condition de validité de la foi.
Al-Ḥasan b. Yaḥyā énonce une position d'une rigueur absolue : celui qui ne reconnaît pas l'imamat de 'Ali voit tous ses actes cultuels rejetés par Allah.
Les récits historiques montrent 'Ali faisant preuve d'une clémence remarquable envers ceux qui refusèrent de lui prêter serment d'allégeance la première fois.
Cette apparente contradiction se résout par une distinction fondamentale : un acte peut être mécréance devant Allah sans que nous soyons tenus de l'appliquer comme tel dans la société, soit par absence de preuve scripturaire, soit pour préserver un intérêt religieux supérieur.
Vise celui qui refuse consciemment l'imamat légitime après connaissance certaine
Confusion post-prophétique où plusieurs prétentions s'affrontaient
Clémence pratique, laissant le jugement final à Allah
Les zaydites limitèrent les causes donnant droit à l'imamat à deux éléments fondamentaux. Cette distinction structure toute leur théorie politique et religieuse.
Texte spécifique à 'Ali, al-Hasan et al-Husayn uniquement. Cause unique et suffisante.
Pour les descendants d'al-Hasan ou d'al-Husayn qui se lèvent et appellent à eux-mêmes.
La cause unique de l'imamat est le texte (nass). Celui pour qui la désignation est établie mérite l'imamat sans considération d'autre chose. 'Ali ibn Abi Talib est imam par désignation.
Quand on objectait aux zaydites qu'il n'était pas fatimide, ils répondaient : « Si l'imam est désigné par un texte comme le Commandeur des Croyants 'Ali, alors la généalogie n'est pas prise en considération avec la désignation. »
Al-Hasan et al-Husayn sont « imams qu'ils se lèvent ou qu'ils restent assis ». L'appel n'est pas une condition pour leur imamat.
De même que 'Ali mérita l'imamat par désignation et sera imam après le Prophète même s'il ne put obtenir l'imamat effectif, il en va de même pour al-Hasan et al-Husayn.
Cette doctrine établit une distinction claire entre l'imamat légitime (par désignation divine) et l'exercice effectif du pouvoir politique.
Rassembler les textes en faveur du droit de 'Ali à l'imamat, puis d'al-Hasan et al-Husayn.
Réfuter tout texte utilisé par les gens de la Sunna pour prouver le droit d'autres, comme Abu Bakr, à l'imamat.
Rassembler les textes en faveur de 'Ali puis d'al-Hasan et al-Husayn constitue le point principal des écrits zaydites. Ils consacrèrent des livres entiers aux mérites du Commandeur des Croyants et à ses vertus.
Muhammad ibn Sulayman al-Kufi compile les premiers recueils
Isma'il al-Busti enrichit la documentation
Al-Hakim al-Haskani complète le corpus
Les zaydites renforcèrent la cause de la désignation par une prétention supplémentaire : « L'imamat revient au meilleur de la communauté », et il a été établi que 'Ali est « le meilleur de la communauté ».
« Il est établi que le meilleur est le plus digne de l'imamat, et que l'imamat de celui qui lui est inférieur n'est acceptable d'aucune manière. »
Abu Talib affirme catégoriquement que « l'imamat de l'inférieur n'est permis d'aucune manière », invalidant ainsi l'imamat d'Abu Bakr, 'Umar et 'Uthman.
Al-Hasan et al-Husayn méritèrent l'imamat après 'Ali parce qu'ils étaient les meilleurs de la communauté après leur père, selon le consensus des Gens de la Maison.
Reconnaître l'imamat de 'Ali implique nécessairement de reconnaître le leur après lui. Nier leur imamat tout en maintenant celui de 'Ali est caduc par consensus.
Bien que l'engagement dans l'appel ne soit pas une cause obligatoire pour al-Hasan et al-Husayn, puisqu'ils font partie des gens de la désignation, l'imam al-Mu'ayyad l'affirme comme quelque chose de supplémentaire au mérite.
Cette déclaration révèle la position zaydite sur les opposants omeyyades, considérés comme pervers et mécréants.
Réfutation de toute prétention à un texte prophétique désignant Abu Bakr
Négation du consensus des Compagnons sur l'allégeance à Abu Bakr et 'Umar
Démonstration qu'Abu Bakr n'était pas le meilleur des Compagnons
L'imam al-Mu'ayyad affirme dans At-Tabsira : « Il est établi qu'il y eut là des cas de contrainte, de coercition et de pression, et le silence dans ces circonstances n'indique pas l'approbation. »
Il rapporte ensuite un ensemble de récits trouvés chez les chiites et dans les livres historiques : la brisure de l'épée d'az-Zubayr, le fait de frapper 'Ammar, l'assassinat de Sa'd ibn 'Ubada.
Ces récits visent à démontrer que l'allégeance à Abu Bakr ne fut pas consensuelle mais obtenue par la force.
'Ali était satisfait de l'imamat de ceux qui le précédèrent, il travailla avec eux et pria derrière eux, ce qui prouve la validité de leur imamat.
Abu Talib nie que 'Ali fût satisfait, mais affirme qu'il ne put établir la preuve contre eux car ils se hâtèrent dans l'allégeance sans le consulter, alors qu'il était occupé par la mort du Prophète.
'Ali renonça à combattre ses rivaux « par manque de partisans et d'auxiliaires, et par crainte d'une grande fitna nuisant à l'islam ».
'Ali manifesta son opposition en ne prenant aucune charge et en retardant son allégeance. Il manifestait l'opposition en retardant l'allégeance une fois, et en se détournant une autre fois.
De même qu'il retarda son allégeance à 'Umar, il continuait à manifester sa différence dans cette situation, car il ne lui était pas possible à ce moment-là de faire plus que cela.
Il lui fut plus fortement opposé : « Il le confrontait, lui répondait, et le réprimandait en de nombreuses occasions de manière à le chagriner. »
Si l'on objecte aux chiites que l'accord de 'Ali pour entrer dans les gens de la consultation (shura) prouve qu'il considérait que l'imamat ne se fait pas par le texte, Abu Talib répond :
L'entrée de 'Ali dans les gens de la consultation n'avait pour but que de leur exposer les textes et preuves de son imamat qu'il n'avait pu leur exposer auparavant.
Il cherchait également à établir la preuve contre eux de la manière qu'ils admettaient, car ils « reconnaissaient l'allégeance mais ne reconnaissaient pas le texte le concernant ».
La théorie zaydite rend l'imamat dû à celui en qui se réunissent deux causes pour ceux qui ne sont pas des gens de la désignation. C'est ce qu'établit al-Qasim et ceux qui vinrent après lui.
Être de la descendance d'al-Hasan ou d'al-Husayn seulement
Se lever dans l'appel pour soi-même, se séparer des injustes
Abu Talib considère que le mérite de la descendance pour l'imamat vient du mérite du Prophète, ce qui leur donne droit à ce dont avait droit le Prophète en terme de vénération, et les distingue des autres.
Il argumente que l'imamat ne dépasse pas les deux ventres (al-batnin) par le consensus des Gens de la Maison. Le terme de famille ('itra) ne concerne en réalité que la descendance d'al-Hasan et d'al-Husayn.
L'appel (da'wa) signifie : « qu'il se sépare des injustes, ordonne le bien, interdise le blâmable, et appelle à le suivre. »
Ainsi, l'imam devient imam par le simple fait de l'appel. Même si un imam choisit un successeur, cela ne suffit pas pour établir son imamat tant qu'il n'appelle pas à lui-même.
Cette doctrine distingue radicalement les zaydites des imamites qui considèrent la désignation suffisante sans nécessité d'appel public.
Abu Talib refuse la notion de choix et de contrat (qu'il attribue aux mu'tazilites), arguant que « l'imamat est un jugement légal (shar'i) et la Loi devrait stipuler ses conditions, et il n'y a pas dans la Loi de texte sur le choix ».
Il invoque également « le consensus des Gens de la Maison sur l'invalidité du mérite par le contrat ». Les zaydites refusent la prétention que les Compagnons firent consensus sur le choix d'Abu Bakr.
Les zaydites rejettent la prétention imamite d'un texte explicite désignant chaque imam de la lignée.
À la place du texte, les zaydites établissent « l'appel » comme cause nécessaire de l'imamat.
Ils ne limitent pas l'imamat à la descendance d'al-Husayn mais l'étendent à celle d'al-Hasan et d'al-Husayn.
Les zaydites s'accordent avec les imamites pour dire qu'il y a un texte sur 'Ali, al-Hasan et al-Husayn, bien que certains zaydites l'aient limité au texte caché.
La vérité est que les premiers zaydites considèrent qu'il s'agit d'un texte explicite. Al-Qasim argumenta que 'Ali ibn Abi Talib est le successeur (wasi) par de nombreuses preuves, notamment le fait que le Prophète l'ait nommé.
« Le Messager d'Allah a indiqué l'imamat de 'Ali, al-Hasan et al-Husayn par leurs personnes et leurs noms. »
Les imamites établirent sur la doctrine du texte deux affirmations :
Ces deux affirmations sont rejetées par les chiites zaydites pour tous les imams sauf 'Ali, al-Hasan et al-Husayn.
Il est évident que la prétention à un imam par le texte exige son infaillibilité. C'est pourquoi les chiites, qu'ils soient zaydites ou imamites, s'accordent sur l'infaillibilité de 'Ali, al-Hasan et al-Husayn.
« Nous nous allions au Commandeur des Croyants dans l'apparent et le caché, et nous rendons obligatoire son infaillibilité... Allah a ordonné son alliance, et Il nous a informés de son infaillibilité et de sa purification par la langue de Son Prophète. »
Interrogé sur l'établissement prophétique de cette infaillibilité, Ahmad ibn 'Isa confirma : « Oui, et également pour al-Hasan et al-Husayn. »
Abu Talib suggère l'infaillibilité de 'Ali en répondant à une objection hypothétique sur la possibilité de péchés véniels :
Isma'il al-Busti affirme explicitement l'infaillibilité de 'Ali, al-Hasan, al-Husayn et Fatima. Il rapporte de Zayd ibn 'Ali : « Les infaillibles parmi nous sont cinq : le Prophète, le Successeur, les deux Hasan et az-Zahra. »
Abu Talib purifie 'Ali de commettre des péchés véniels et affirme catégoriquement que le consensus l'empêche.
Au moment même, il dit qu'il est permis aux prophètes de commettre des péchés véniels : « La commission de péchés véniels n'a pas été établie comme étant une cause de répulsion. »
Cette position paradoxale élève 'Ali au-dessus même des prophètes en matière d'infaillibilité concernant les péchés véniels.
Les zaydites tardifs en général affirment l'infaillibilité de 'Ali, al-Hasan et al-Husayn. Sarim ad-Din Ibrahim al-Wazir (mort en 914 H) dit dans la question de « l'autorité de la parole de 'Ali » :
« Les imamites et la majorité de nos imams : La parole et l'acte du Successeur font autorité, en raison de l'infaillibilité et d'autres preuves. »
Mais la divergence après cela concerne l'infaillibilité des autres imams non désignés par texte.
Certains zaydites soutiennent « l'infaillibilité de l'imam comme le messager », arguant que sans infaillibilité, on ne peut être sûr qu'il ne nuise pas à l'islam.
Il considère cette doctrine fausse, comparant l'argument à celui qui exigerait l'infaillibilité du commandant d'armée nommé par l'imam.
Un point de friction majeur entre imamites et zaydites concerne le refus des imamites de reconnaître l'imamat de Zayd ibn 'Ali. Abu Talib dit d'eux avec véhémence :
« Seul ce petit groupe manquant de guidance n'a pas prêté allégeance à lui, qui a coupé du lien des Gens de la Maison ce qu'Allah a ordonné d'unir, et a divisé la famille de Son Prophète là où Allah a ordonné l'union. »
Il considère qu'ils sont « pires en opinion et croyance concernant les nobles de la famille que les Hashwites et les Nawasib ».
Les groupes chiites qui soutiennent le nass ont désigné différents imams (Kaysanites, Ismaélites), invalidant la doctrine.
Divergences continues de leurs groupes après la mort de nombreux imams sur qui ils prétendaient avoir un texte.
Contradiction manifeste quand ils prétendirent que Ja'far avait désigné Isma'il puis changea pour Moussa, adoptant la doctrine du badā'.
« Tout étendard levé avant l'étendard de leur chef qu'ils appellent "qa'im" est un étendard d'égarement. »
Cela implique l'égarement de Zayd ibn 'Ali et de tous ceux qui se levèrent.
Ils évitent de dire explicitement l'égarement de Zayd, prétendant qu'il n'a pas appelé à lui-même mais à Ja'far as-Sadiq, « au Bien-Agréé de la famille de Muhammad ».
La réponse des Haruniens fut de montrer que les récits imamites étaient faux et faibles. Al-Mu'ayyad dit :
« Quiconque examine leurs livres et fouille leurs récits connaît la vérité de ce que nous disons concernant la faiblesse de leurs récits à l'origine. »
Abu Talib critique sévèrement leurs transmetteurs, connus pour rapporter l'anthropomorphisme, la doctrine du corps, la coercition, la transmigration et l'exagération.
Abu Talib rapporte qu'on a connu parmi leurs narrateurs prolifiques des gens qui se permettaient de forger des chaînes de transmission pour des récits interrompus.
Il fut rapporté de certains d'entre eux qu'il rassemblait les histoires de Buzurjmihr et les attribuait aux imams avec des chaînes forgées. Quand on lui fit des reproches, il dit : « J'attribue la sagesse à ses gens. »
Al-Qasim fut le premier à indiquer certaines conditions : « Celui qui était de la famille ('itra), en qui se trouvaient la science, le jihad, la justice, et l'accomplissement des dépôts. »
Descendance du Messager d'Allah
Science éminente et connaissance approfondie
Détachement des biens matériels
Bravoure dans le jihad et la défense
Crainte d'Allah et observance des commandements divins
Capacité à mener le jihad et défendre la communauté
Connaissance détaillée des affaires religieuses et juridiques
Être le meilleur ou parmi les meilleurs dans l'ensemble de ces qualités
Abu Talib développe exhaustivement les qualités obligatoires et non obligatoires chez l'imam :
Qu'il soit mâle, majeur, raisonnable, musulman
Savant dans les affaires où l'on a besoin de l'imam
Juste et courageux, capable et non tyran ni trompeur
Généreux dans le don des biens à leur place
Le meilleur des gens ou parmi les meilleurs
Exempt des défauts qui empêchent de se lever (cécité, certaines infirmités)
Cette position s'oppose aux imamites et à certains zaydites qui exigent la science absolue et l'infaillibilité.
Si ces qualités se trouvent chez plus d'un « appelant », certains zaydites permirent l'apparition de deux imams en même temps, parmi eux al-Qasim et al-Hasan al-Atrush.
Al-Qasim, al-Hasan al-Atrush : consensus des Gens de la Maison sur la permission
Abu Talib al-Haruni : « Il n'est pas permis qu'il y ait deux imams en même temps »
Paradoxalement, les listes officielles zaydites mentionnent des imams dont certains existaient simultanément, comme al-Hasan al-Atrush avec al-Hadi.
Abu Talib al-Haruni dit qu'il est obligatoire de connaître l'imam pour ce qui en découle de soutien et d'obéissance. « Connaître l'imam » signifie : lui répondre, le soutenir et lui obéir.
'Ali, al-Hasan et al-Husayn : il est obligatoire aux musulmans de les connaître et de leur être loyal en détail
Celui à qui parvient leur récit en détail doit leur être loyal en détail ; celui qui les connaît globalement doit leur être loyal globalement
L'obéissance à l'imam est obligatoire aux musulmans à chaque époque, même à notre époque actuelle
Le Patrimoine Zaydite du Daylam