La Nature du Doute chez les Mu'tazilites
Une exploration profonde de la pensée islamique et de ses débats sur la connaissance et la certitude.
Philosophie
C'est quoi le doute ?
Les Mu'tazilites ont eu des divergences concernant la nature du doute. Certains, comme Abu Ali al-Jubai et al-Jahiz, ont soutenu que le doute possède une signification distincte et s'oppose à la connaissance.
En revanche, Abu Hashim et la majorité des Mu'tazilites ont affirmé que le doute n'a pas de signification en soi.
Ce débat porte sur la question de savoir si le doute peut être considéré comme un concept avec une réalité intrinsèque ou s'il est simplement une absence de certitude.
Position de Rukn al-Din al-Mallahimi
Le doute est défini comme la présence d'une idée dans l'esprit sans qu'il y ait une conviction associée. Il est caractérisé par l'absence de croyance et par la négation de l'existence de cette idée dans l'esprit.
Les Deux Perspectives sur le Doute
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Le Doute comme Réalité
Certains théologiens soutiennent que l'être humain peut passer d'un état de certitude à un état de doute, ce qui implique que le doute doit avoir une existence et une réalité distinctes.
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Le Doute comme Absence
D'autres argumentent que le doute ne peut pas être qualifié de sens. Il provient simplement de quelque chose qui traverse l'esprit sans être associé à une conviction ou à une croyance.
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Notre Position
Le doute est effectivement un sens, partagé par la majorité des Mu'tazilites contemporains. Le doute et la connaissance sont interdépendants et forment un processus mental.
Le Processus Mental du Doute
Le processus commence par une opinion qui prédomine l'une des deux possibilités apparentes. Ensuite, le doute surgit, et l'esprit se trouve dans l'incertitude face aux alternatives. Enfin, une autre opinion apparaît, soutenue par des indices qui conduisent à la certitude.
Dans le Coran, plusieurs versets décrivent les mécréants comme étant dans le doute, ce qui montre que le doute est un état de l'esprit qui peut être dépeint dans la vie des gens.
Classification
Les Deux Types de Doute
Le Doute Absolu
Le doute absolu correspond au doute aléatoire, désigné chez les Mu'tazilites comme étant le doute blâmable. Il se divise en deux parties :
  • Le doute concernant les connaissances nécéssaires ou la négation de l'acquisition de la connaissance
  • Le doute concernant les fondements de la religion, tels que l'Unicité, le Coran ou les prophéties
Le Doute Méthodique
Le doute méthodique précède l'examen rationnel. Une fois que la vérité se manifeste, elle doit être acceptée. Il est interdit de douter des principes une fois que la preuve est établie.
Quand Faut-il Douter ?
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Fondements de la Religion
Lorsqu'il est nécessaire d'examiner, le doute est préférable. Si l'obligation est d'adhérer à la certitude, alors le doute méthodologique devient essentiel.
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Questions Secondaires
Lorsque les différentes opinions sont équivalentes en termes d'effort d'interprétation, le doute n'est pas blâmé. Sur cette question, il y a des divergences d'opinions.
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Première Obligation
Abu Hachem Al-Jubba'i a mis en avant que le doute méthodologique est une première obligation pour l'être humain, en faisant référence au doute fondamental.
Le doute méthodologique est une caractéristique inhérente à l'être humain, et il joue un rôle crucial dans la quête de la connaissance et de la vérité. La plupart du temps, le doute méthodologique aboutit à la certitude.
La Valeur du Doute Méthodologique
« Aucune certitude n'émerge sans qu'un état de doute préalable ne soit présent, et aucun changement de croyance n'a lieu sans passer par un moment de doute. »
— Abou Ishaq
Le juge des juges Abd Al Jabbar a également approuvé cette idée, soulignant que le raisonnement correct ne peut être atteint que par le doute sur l'interprétation. Cela implique que le doute méthodologique est un instrument essentiel pour parvenir à des conclusions justes et éclairées.
Si le doute était considéré comme blâmable, il entraverait le processus de recherche de la connaissance. Dès lors que l'obligation d'examiner une question se présente, le doute devient positif et même recommandé.
Sagesse
Les Enseignements d'Al-Jahiz
Le grand savant mu'tazilite Al-Jahiz a souligné l'importance de connaître les situations propices au doute et celles menant à la certitude. Il a encouragé l'apprentissage du doute dans les questions incertaines, et que reconnaître l'hésitation et la confirmer pourrait suffire.
« Je doute à peine »
— Ibn al-Jahm
« Et je suis à peine sûr ! »
— Al-Makki
Al-Makki s'est enorgueilli de son doute dans les endroits incertains, tout comme Ibn al-Jahm s'est enorgueilli de sa certitude dans les endroits de certitude.
L'Équité dans la Recherche de la Vérité
Deux Tentations à Éviter
L'Exagération
S'accorder plus de valeur que ce que l'on mérite réellement, tombant dans des certitudes excessives.
La Dépréciation
Se sous-estimer et minimiser sa propre valeur intellectuelle, tombant dans le doute inutile.
Deux Comportements à Dénoncer
  • Ceux qui acceptent les choses sans se donner la peine de les vérifier, toujours enclins à croire ce qu'ils entendent.
  • Ceux dont les adeptes sont enclins au doute pur, qui se hâtent de nier sans vérifier ni examiner et de cultiver le doute pour le doute.
Notre position
Le croyant musulman se doit de ne pas se laisser emporter par des doutes interminables et de ne douter que pour arriver à une conclusion qui mène vers une connaissance et une conviction.
La Raison comme Autorité Suprême
Les Sens Peuvent Tromper
Al-Jahiz met en garde contre la fiabilité des sens, car ils peuvent tromper leur propriétaire.
La Raison Fait Autorité
La raison est la seule autorité à considérer dans les jugements. La certitude absolue n'appartient qu'à l'intellect.
La Révélation comme Lumière
La révélation divine est une lumière qui guide la raison. Le Coran et la raison marchent ensemble dans la quête de la vérité.
« Par ma vie, les yeux peuvent se tromper, les sens peuvent mentir, la certitude absolue n'appartient qu'à l'esprit et la confirmation véritable n'appartient qu'à l'esprit. »
— Al-Jahiz, Kitab al-Hayawan
En somme, le doute méthodologique s'érige en pierre angulaire de toute quête sincère de la vérité et de la certitude. Loin d'être une faiblesse, il est une démarche louable et même recommandée, car il affine sans cesse notre compréhension, dissipe les incertitudes et écarte les erreurs potentielles. C'est un instrument précieux, indispensable à tout chercheur de vérité, qui balise le chemin vers une connaissance approfondie et une sagesse éclairée.
À l'inverse, le doute abusif, stérile et gratuit, ou le doute pour le doute, est formellement prohibé. Il s'agit d'une insidieuse tentation du Shaytan, il ne mène qu'à l'égarement et obscurcit la voie de la juste compréhension des choses.